Edito Novembre 2018 : Vous travaillez très bien

Vous travaillez très bien

L’Insee l’a révélé il y a quelques jours : les industriels investissent moins dans la protection de l’environnement (-13 % entre 2015 et 2016). Si certains s’en émeuvent, il faut surtout souligner que cette situation résulte du fait que, quoiqu’on en dise, l’environnement est bien géré en France : il y a moins d’investissements car tous ceux qui étaient nécessaires ces dernières années ont été faits. Les professionnels du secteur peuvent donc s’en féliciter.

Ne pas confondre vitesse et précipitation

Évidemment, l’État ne se satisfait pas d’une telle situation. En France, comme ailleurs en Europe, il s’agit pour les politiques d’accélérer la transition énergétique. Le problème, c’est qu’il y a un fossé entre les velléités et la réalité. Concrètement, la transition énergétique est en marche, elle aura lieu, mais elle mettra des décennies à se mettre en place. D’ailleurs, on le constate à travers une autre étude mise en avant par le cabinet d’audit international PwC : les pays du G20 sont très en deçà de l’objectif fixé par l’Accord de Paris en termes de réduction de la consommation des énergies fossiles, responsables des émissions de gaz à effet de serre. Un taux de décarbonisation de 2,6 %, contre 6,4 % attendus (par an). On le voit bien, malgré les engagements, la réalité des besoins en énergie augmente et les technologies alternatives sont encore insuffisantes pour régler les problèmes. Par ailleurs, l’économie, notamment en Europe, ne pourra pas suivre un bouleversement trop rapide de nos consommations énergétiques, sans la mettre dangereusement en péril. En effet, le tarif de 100 euros la tonne de CO2 est illusoire.

Un problème de méthode

Bien souvent, la réponse de l’État face à « l’urgence écologique », c’est l’impôt. On le constate ces jours-ci avec l’augmentation du prix du carburant. Et lors de son dernier congrès au Havre, Amorce a de nouveau protesté contre la hausse annoncée de la TGAP en 2019. Avec cette mesure, les collectivités suspectent le Gouvernement de chercher de nouvelles recettes fiscales, sans s’attaquer à l’origine des problèmes. Le recyclage représente pourtant un meilleur atout.

Investissements prudents

Pour autant, les solutions alternatives méritent qu’on s’y intéresse de près. La société Bulane, par exemple, a breveté un combustible innovant de brasage à l’hydrogène, capable de se substituer aux combustions fossiles. L’hydrogène, toujours, intéresse les collectivités : à Vitry-le-François, une unité de production à partir de biomasse verra le jour en 2019. Le Tarn, lui, va produire du biogaz à partir des déchets ménagers, avec l’objectif de couvrir 10 % de la consommation du département. Toutes ces solutions sont intéressantes et il faut certainement prendre position dessus. Seulement, au regard du rythme peu soutenu de la transition énergétique, les investissements doivent restés mesurés.

 

Jean-Jacques Le Gall, dirigeant de KERLOG

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